Qu’est-ce qu’écrire, sinon jeter ses mots à la face du monde ?
Il y a quelques semaines, une connaissance m’a demandé avec la force du désespoir et le sens du dramatique qui caractérise les écrivains en herbe :
« Et maintenant, pourquoi j’écris ? »
Pour donner un peu de contexte, cette connaissance a, tout comme moi, subi de plein fouet la fermeture d’une maison d’édition. J’en reparlerais prochainement.
Sur le coup, j’ai déballé de grandes théories, des suites de mots vides de sens, de jolies métaphores et une bonne dose de compassion. Parce que, de un, ce n’est pas dans mes habitudes que de laisser mes pairs dans la détresse, mais surtout parce que moi-même, je me la posais cette question.
Les jours ont passé, et elle est revenue. Discrète, mais bien présente. Et un soir, elle m’est devenue une évidence dans un nuage de vapeur, en plein repassage. Peut-être que la semelle du faire l’avait suffisamment distordue pour qu’elle ait un sens :
Et maintenant, pour quoi j’écris ?
Vous voyez la différence ? Elle est légère, mais elle est bien là. Un espace seulement, ce signe invisible, qui peut être sécable ou insécable, et qui chamboule les esprits des écrivains un soir de semaine alors qu’ils repassent tranquille devant leur playlist Spotify préférée… Mais la ponctuation est importante, et qui mieux qu’un auteur ou une autrice pour savoir que les mots ont un sens ?
Pour quoi j’écris ?
Pour être lue
Vous me direz, ça tombe un peu sous le sens. Mais sachez que ce n’est pas le cas de tous nos écrits. Certains resteront de rassurantes idées dans un coin de nos têtes. D’autres sont partageables aux amis. Et les derniers, nous en sommes si fiers que nous aimerions les partager à la terre entière.
Je m’y reconnais. J’ai quelques textes dignes des plus grandes fan fiction (Jim Hawkins, j’écris ton nom ! ) qui ne verront jamais le jour, ni même la couleur de mon disque dur. Et j’en ai d’autres pour lesquels je rêve de parader dans les journaux, de voir leur couverture en 4×3 sur les murs de ma ville ou encore de voir leur titre apparaître après un « tudum » bien connu.
Depuis la fermeture d’Onyx et la sortie avortée de Babel, l’avenir de mes textes me trotte en tête en permanence. Que faire d’eux ? À qui les transmettre ? Qu’est-ce que je veux vraiment pour eux ?
Le cas Babel
Pour Babel, la question est épineuse. Sa version finale est prête à sortir, largement revue et corrigée. Il aurait sa place en maison d’édition (ME).
Si je dois reprendre mon bâton de pèlerin et toquer à toutes les portes des ME d’uchronie connue, ce sera assurément pour emmener Eulalie à la lumière. Parce que le thème de Babel me parle, et que mon archiviste et sa cité maudite ont des choses à dire au monde.
Mais pour le second projet (le troisième je devrais dire), Le violon. Est-ce qu’il en vaut la peine ? Est-ce qu’il aurait un public ? Est-ce que ses thèmes parleront ? Est-ce une histoire qui n’aurait jamais été racontée ? Ou, au contraire, est-ce que ce ne sera un énième titre de fantasy au milieu de la marée grand coefficient dont débordent déjà les rayonnages des libraires ?
Ce « quoi » vaut-il la peine que j’emmène Aurane, son héroïne, jusqu’à l’achèvement de sa quête, par delà le sommet symbolique des 200k mots ? Ce « quoi » vaut-il les heures d’écriture, de recherches, de réécritures, d’euros investis en manuels de lutherie ou les nombreuses relectures, puis les fautes à traquer et enfin, le coût peu évident pour le grand public, celui des prestataires (graphiste, betalecteur.ice, correcteur.ice….) ?
Je ne saurais pas dire non. J’ai envie de tenter, j’ai envie de jeter mes mots à la face du monde, et me dire que le « quoi », on verra après.
J’ai envie d’accompagner Aurane et le terrible Balthus au-delà des 300k mots, où ils ont l’air décidés à aller, visiter tous les recoins de Beren pour sauver leur peau (ou pas).
J’ai envie d’aller jusqu’au point final de ma trilogie, Anoa, pour enfin voir l’assassin de la reine et responsable de la dislocation du royaume mordre la poussière.
J’ai envie d’écrire, et le « pour quoi« , ce sera pour jamais. Car la seule réponse que j’ai à donner est tout aussi lunaire que la question.
Parce que.
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