J’ai signé un contrat d’édition.
Félicitations, non ?
Bien sûr félicitations, c’est un rêve qui se réalise que d’avoir mon nom sur la couverture d’un livre édité. Sauf que, dans « livre édité », il y a édition. Et qui dit édition dit : corrections éditoriales ! (Rien que là, la moitié des auteurices qui lisent cet article viennent de faire une syncope).
En quoi consistent les corrections éditoriales ?
Éditer un texte, c’est le dépecer, le disséquer, éliminer les scories, les zones mortes, les dialogues stériles, les personnages superflus, les sous-intrigues parasites, les tics de langage (« mais », « puis », « quelques »…) et tant de choses qui empoisonnent vos mots.
Ce qui fait que, très souvent, le premier AVC dans la vie d’un auteur vient lors de l’ouverture de son fichier Word, de retour de chez l’éditeur.
Des pages entières de commentaires. Des paragraphes et des paragraphes surlignés de toutes les couleurs disponibles. Des phrases reformulées, barrées, commentées, déplacées dans tous les sens.
Et un seul commentaire à retenir : « j’adore, c’est une pépite ». Voilà. Il y a autant de rouge que sur une copie de dictée d’allemand d’un élève de CE2 dyslexique, mais « c’est une pépite ». #positiveattitude
À présent, la seule chose à faire, c’est de reprendre, ligne par ligne le texte, corriger chaque élément, accepter certains, refuser d’autres. Se prendre la tête pour le placement d’une virgule. Faire la chasse aux tics de langage. NE PAS EN CREER D’AUTRES (ahem). Et ce, sur un texte de 389 pages et 121952 mots, c’est… loooooooooooooooooong.
On réalise deux aller-retours comme ça, avec mon éditrice, Aline. Et c’est rapide car « il n’y a pas grand chose à reprendre » (heureusement qu’elle m’a annoncé ça avant de m’envoyer le fichier, je n’y aurais pas cru sinon…). Une fois d’accord sur le texte en lui-même, ce dernier est confié aux mains expertes du correcteur (en l’occurrence, de la correctrice, Anaïs). Cette dernière va chasser les fautes d’orthographe, de conjugaison, de grammaire, mais également de typographie et, horreur entre toutes les horreurs : les répétitions.
Long story, buy the ebook
Les éditions Onyx ont, peu après le début de mes corrections, fermé leurs portes. Si les éditrices ont tout fait pour recaser la plupart de leurs auteurs, Babel n’a pas eu cette chance, et j’ai récupéré la totalité de mes droits (fin 2022). Ce n’est qu’en novembre 2023, que je me décide à relancer la machine et achève la correction, à l’aide d’Anaïs toujours. Du moins, elle termine la correction en mars 2024. Moi, je me motiverais enfin à me lancer uniquement à l’été 2024… Et une fois acceptées toutes les corrections orthographiques et grammaticales, me voilà face à ma bête noire : les répétitions.
Pourquoi donc ? Parce qu’un texte multipliant les répétitions est lourd, basique et souvent pauvre en vocabulaire. Soyons francs, si une poignée de porte reste une poignée de porte, il existe cinquante nuances de blanc. À moi donc de doser les périphrases. Petit exemple avec la toute première page :
Avant
Eulalie haussa les épaules, puis ramassa ses feuillets tandis qu’Eugène retournait à sa réserve, emportant avec lui la fragile bougie. La jeune femme les recompta, les attacha soigneusement ensemble, et les consigna dans son registre.
Après
Eulalie haussa les épaules tandis qu’Eugène retournait à sa réserve, emportant avec lui la fragile bougie. La jeune femme ramassa ses feuillets, les recompta et les attacha soigneusement pour les consigner dans son registre.
Subtiles modifications, non ?
Attendez, j’ai plus évident ici. Avant:
« Malheureusement pour elle, Isaure était issue du Quatrième Étage, et n’avait pas le droit à une monnaie supplémentaire. Au début, Eulalie partageait avec sa camarade, mais, très vite, Isaure s’était vexée de ce qu’elle prenait pour de la charité. Après en avoir discuté, Eulalie avait proposé de venir plus tôt pour se permettre ce petit plaisir loin des yeux de son amie. Il était évident qu’Isaure se repassait ensuite de l’odeur qui flottait entre les rayonnages, mais elles n’en parlèrent plus jamais.
Après :
« Issue du Quatrième Étage, Isaure composait avec une monnaie de moins qu’Eulalie et ne pouvait se permettre ce genre de luxe. Bien que rare à présent, Eulalie avait renoncé au partage depuis qu’Isaure s’était vexée de ce qu’elle prenait pour de la charité. Un accord tacite les liait : Eulalie mangeait et Isaure se repaissait ensuite de l’odeur qui flottait entre les rayonnages.
Ici, on a corrigé l’orthographe, la conjugaison, les répétitions, les adverbes et le participe présent. Oui, il faut être fort en français quand on écrit. Ou alors, on le prétend, jusqu’à le devenir. Sachez que j’ai appris sur le tard que je suis hyper forte en anaphore et en hypallage (mot compte triple au scrabble) alors que j’en ignorais le nom.
Je digresse. Revenons à nos ovins.
Reformuler une phrase très spécifique, sans en perdre le sens, sans créer de longueur, de nouvelles erreurs ou ajouter de nouveaux mots qui font écho au paragraphe juste au dessus, c’est compliqué. Et dire que c’est compliqué est un euphémisme . En réalité, c’est épuisant. Le cerveau est lessivé, essoré.
Heureusement pour moi, j’ai investi (tard malheureusement), dans trois superbes (non) ouvrages : un thésaurus des analogies, qui m’a littéralement sauvée, un thésaurus des émotions, qui sait me dépanner et me permettre de trouver le bon mot dans le thésaurus des analogies, et un Robert des combinaisons de mots, qui me sert essentiellement de presse-papier. Oui, c’est important à la création un presse-papier, on a tendance à l’oublier…

Dans les bons soirs, je pouvais monter à 14 pages en deux heures. Dans les moins bons, ou pour les passages hardus, je faisais difficilement une page en une soirée. J’admets, je me disperse beaucoup, surtout quand la motivation est aux abonnés absents, mais ce n’est pas une excuse à tout : j’ai vraiment pensé à tout laisser en plan certains soirs où mes propres mots me résistaient. J’ai rêvé de mettre un coup de pied dessus pour casser le cadenas qui m’empêchait d’accéder à la phrase parfaite.
J’ai terminé un soir de novembre.
Joie, allégresse, bonheur.
C’est en me relevant de ma chaise, l’œil humide de jubilation que j’ai repéré l’étape suivante : la mise en page. Pour le coup, je vous la fais simple : ça prends du temps, certes, mais le cerveau est relativement en pause. Si vous maitrisez l’outil Word, il est possible de faire une mise en page simple qui ne soit pas illisible et qui soit suffisamment professionnelle pour que votre ouvrage ne pâlisse pas aux côtés de ceux d’un Rageot, d’un Mnémos ou d’une Plume Blanche. Librinova bridant un peu mes excès de créativité côté mise en page, une fois passés en italique toutes les citations, les insécables remises à leur place et les début de chapitres remis sur page impaires, j’ai pu souffler.
Enfin.
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